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Pourquoi les startups échouent : analyse de 400+ faillites financées par le venture capital

70 % des startups VC ferment faute de capital, mais la vraie cause est le product-market fit. Analyse de 431 faillites depuis 2023 d'après CB Insights — secteurs, signaux faibles et leçons pour investisseurs.

Alexandre Laing

7 min

March 16, 2026

Les 9 causes principales d'échec des startups

L'étude de CB Insights a analysé les post-mortems de 431 startups financées par le venture capital ayant cessé leurs activités depuis 2023. L'environnement post-taux zéro, où le financement est redevenu rare et exigeant, rend ces données particulièrement éclairantes.

La cause finale la plus fréquente est le manque de capital, cité dans 70 % des cas. Mais il s'agit rarement de la cause initiale. Vient ensuite le mauvais product-market fit à 43 %, suivi du mauvais timing ou des conditions macro à 29 %. Les unit economics insoutenables représentent 19 % des échecs. Les pivots stratégiques inefficaces et la concurrence excessive comptent chacun pour 6 %, tandis que les problèmes opérationnels ou de management touchent 5 % des cas. Les difficultés techniques ou cliniques et les problèmes juridiques ou de fraude ferment la marche à 3 % chacun.

Un point essentiel : plusieurs causes coexistent souvent pour une même entreprise, ce qui rend l'analyse multicausale indispensable.

Le vrai signal : le product-market fit reste le facteur décisif

Le chiffre le plus révélateur de cette étude est celui-ci : 43 % des startups échouent parce qu'elles n'ont jamais trouvé leur marché. Et ce phénomène ne concerne pas uniquement les entreprises en phase d'amorçage.

Même des sociétés en Series B ou Series C peuvent échouer pour cette raison. Certaines lèvent des dizaines ou des centaines de millions sur la base d'une traction initiale prometteuse, d'une hype sectorielle ou d'une narration convaincante — sans que cette traction ne se transforme en marché durable.

Un exemple emblématique : Zume, la startup de pizzas robotisées, a levé 446 millions de dollars avant de pivoter vers l'emballage durable, sans jamais trouver de modèle viable.

L'impact des cycles technologiques sur les faillites

Les vagues d'investissement créent mécaniquement des bulles sectorielles. Certaines catégories ont attiré des volumes considérables de capital entre 2021 et 2022, bien avant que la demande réelle ne suive.

Parmi les secteurs particulièrement touchés : les protéines alternatives, les NFT et la blockchain, la climate tech précoce et la foodtech. Plusieurs startups ont levé au sommet de ces cycles d'enthousiasme, puis fermé lorsque le marché ne s'est pas matérialisé.

Pour un investisseur, cela rappelle une règle fondamentale : le timing d'un investissement importe autant que la qualité du projet.

Les secteurs où le capital est le plus détruit

Les données montrent des disparités significatives entre secteurs. Le healthcare et la biotech concentrent le plus de faillites depuis 2023, avec 14,4 % du total — un secteur où le développement clinique est extrêmement coûteux et risqué.

La fintech suit à 13,2 %, avec beaucoup de faillites early stage et relativement peu de capital levé par entreprise. Le secteur food et agriculture arrive troisième à 12,5 %, porté notamment par la vague des protéines alternatives. Les media et entertainment ainsi que le retail et e-commerce représentent chacun 10,2 % des échecs.

Complètent le tableau : la blockchain à 7,7 %, l'enterprise software à 6,7 %, le transport et la logistique à 5,3 %, les services aux consommateurs à 4,6 % et le climat et l'énergie à 4,2 %.

Les signaux faibles qui précèdent une faillite

Les startups ne disparaissent pas du jour au lendemain. Plusieurs indicateurs se dégradent des mois avant la fermeture, et les investisseurs attentifs peuvent les détecter.

Premier signal : la baisse des indicateurs de santé. Le score Mosaic de CB Insights — un indicateur composite de performance — recule dans 72 % des cas l'année précédant la faillite.

Deuxième signal : la disparition progressive des partenariats. L'activité de partenariats chute de 44 % dans les 12 derniers mois d'existence de l'entreprise.

Troisième signal : la réduction des équipes. Deux tiers des startups réduisent leurs effectifs dans les 6 mois avant la fermeture. Un tiers ferme même avec moins de 10 employés restants.

Même des milliards ne suffisent pas à garantir la survie

L'une des données les plus frappantes de cette étude : les 431 startups analysées ont levé au total 17,5 milliards de dollars avant de disparaître. La levée médiane s'établit à 11 millions de dollars, mais la moyenne atteint 48 millions — signe que quelques entreprises très capitalisées tirent fortement cette moyenne vers le haut.

Deux exemples emblématiques illustrent ce phénomène : Olive AI et Convoy, toutes deux valorisées près de 4 milliards de dollars avant de fermer en 2023.

La durée médiane entre la dernière levée de fonds et la fermeture est de 22 mois. Plus de la moitié des startups meurent dans les deux ans suivant leur dernier financement. Mais certaines restent en mode « walking dead » pendant plus de trois ans avant d'annoncer officiellement leur fermeture.

Ce que cela signifie pour les investisseurs en private equity

L'écosystème startup repose sur un principe bien connu : beaucoup d'échecs pour quelques très grands succès. Mais dans un environnement où le capital est redevenu plus rare, les critères de sélection deviennent plus stricts.

Trois dimensions prennent une importance croissante pour évaluer une startup : un product-market fit réel et démontré, des unit economics solides et défendables, et une croissance durable plutôt que subventionnée.

Les startups qui survivent aujourd'hui ne sont plus nécessairement celles qui lèvent le plus vite. Ce sont celles qui créent un marché réel — et c'est précisément ce type de fondamentaux que les investisseurs en private equity doivent privilégier dans leurs analyses.

Source : CB Insights — analyse de 431 post-mortems de startups financées par le venture capital, données au 6 février 2026.

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